Cet article fait partie d’une série sur les askêsis présente sur plusieurs sites en ligne.
Article rédigé par ChatGPT.
À titre expérimental, je n’en change rien.
Voir mon regard dans l’article sur le jeûne prolongé.
De Clara Davis à Michel Cabanac, en passant par l’instinctothérapie, que nous apprend la recherche scientifique sur notre capacité à sélectionner spontanément les aliments qui nous conviennent ?
Et si notre corps savait ce qu’il doit manger ? Si, au lieu de suivre des recommandations nutritionnelles, de compter les calories ou de respecter des menus préétablis, nous pouvions simplement sentir, goûter et choisir les aliments dont notre organisme a besoin ?
Cette idée traverse l’histoire de l’alimentation naturelle. Elle a inspiré des pratiques parfois radicales, mais également des recherches scientifiques sérieuses.
La question est séduisante. Elle mérite cependant d’être examinée avec rigueur : nos préférences alimentaires expriment-elles des besoins biologiques, des apprentissages ou simplement des habitudes ?
Clara Davis : laisser les enfants choisir
En 1928, la pédiatre américaine Clara M. Davis entreprend une expérience devenue célèbre.
Elle propose à de jeunes enfants une sélection d’aliments simples, sans leur imposer de menus ni de quantités. Les enfants peuvent choisir librement ce qu’ils mangent parmi les aliments disponibles.
Leurs choix sont parfois surprenants. Certains consomment beaucoup d’un aliment pendant quelques jours, puis s’en détournent. D’autres composent des repas qui paraissent déséquilibrés lorsqu’on les considère isolément.
Pourtant, sur la durée, les enfants étudiés présentent généralement une croissance satisfaisante.
Davis y voit un argument en faveur d’une capacité spontanée de régulation alimentaire.
Mais il faut souligner une limite fondamentale : les enfants ne choisissent pas parmi tous les aliments possibles. Les chercheurs ont préalablement constitué un environnement alimentaire composé de produits jugés appropriés.
L’expérience ne démontre donc pas qu’un individu puisse spontanément construire une alimentation équilibrée dans n’importe quel environnement.
Elle suggère plutôt qu’une certaine liberté de choix peut fonctionner dans un environnement alimentaire favorable.
Guy-Claude Burger et l’instinctothérapie
Plusieurs décennies après Davis, Guy-Claude Burger développe une approche beaucoup plus radicale : l’instinctothérapie.
Selon cette doctrine, l’être humain disposerait de mécanismes sensoriels capables de le guider vers les aliments répondant à ses besoins physiologiques.
La pratique repose notamment sur trois principes :
- Choisir des aliments crus, non transformés et généralement non mélangés.
- Utiliser l’odorat pour sélectionner les aliments attirants.
- Se fier au plaisir gustatif et à sa diminution pour déterminer quand arrêter de manger.
Burger propose notamment l’idée d’un arrêt sensoriel : lorsqu’un aliment ne correspondrait plus aux besoins de l’organisme, son goût deviendrait moins agréable.
Cette proposition pose une question intéressante : le plaisir alimentaire constitue-t-il une information physiologique ?
Mais il faut distinguer l’intuition de sa démonstration. L’instinctothérapie n’a pas fait l’objet d’une validation clinique permettant de confirmer ses principales affirmations.
En particulier, rien ne démontre que l’odorat et le goût suffisent à identifier les besoins nutritionnels, à prévenir les carences ou à garantir l’innocuité des aliments crus.
Michel Cabanac : le plaisir dépend de l’état du corps
Les travaux du physiologiste français Michel Cabanac permettent d’aborder la question sous un angle expérimental.
En 1971, il développe le concept d’alliesthésie.
Le principe est simple : un même stimulus sensoriel peut être agréable ou désagréable selon l’état physiologique de l’organisme.
Une sensation de fraîcheur peut être délicieuse lorsqu’on a chaud et désagréable lorsqu’on a froid. De même, l’attrait d’une saveur peut varier selon l’état de faim ou de satiété.
Le plaisir n’est donc pas nécessairement une propriété fixe de l’objet. Il résulte d’une relation entre cet objet et l’état de celui qui le perçoit.
Cette découverte apporte un fondement scientifique à une partie de l’intuition instinctive : nos sensations peuvent effectivement être modulées par nos états physiologiques.
Toutefois, cette modulation ne garantit pas que nous choisissions toujours les nutriments dont nous avons besoin.
Un aliment très sucré peut rester attirant alors que nos besoins énergétiques sont déjà satisfaits. À l’inverse, un aliment nutritionnellement utile peut nous déplaire.
Le plaisir informe, mais il ne dit pas nécessairement toute la vérité sur les besoins de l’organisme.
Frederick Provenza : l’instinct apprend
Le chercheur américain Frederick D. Provenza a étudié pendant plusieurs décennies le comportement alimentaire des herbivores.
Ses travaux montrent que les animaux peuvent apprendre à associer les caractéristiques sensorielles des aliments à leurs conséquences physiologiques.
Une saveur peut devenir attirante lorsque sa consommation est associée à un effet favorable. À l’inverse, un aliment peut être évité après avoir provoqué un malaise.
Ce mécanisme associe perception, expérience et mémoire.
Il remet en question une opposition trop simple entre instinct et apprentissage.
L’animal ne possède pas nécessairement, dès sa naissance, une connaissance complète de ce qu’il doit manger. Il construit progressivement des préférences à travers ses interactions avec son environnement.
L’instinct alimentaire pourrait donc être compris, au moins en partie, comme une capacité d’apprentissage corporel plutôt que comme un savoir inné et infaillible.
Il convient néanmoins de rester prudent lorsqu’on transpose les résultats obtenus chez les herbivores au comportement alimentaire humain.
Paul Rozin et Leann Birch : nous apprenons aussi à aimer
Les psychologues Paul Rozin et Leann Birch ont montré l’importance de l’apprentissage dans la formation des préférences alimentaires humaines.
Nos goûts dépendent de nombreux facteurs : les expériences de l’enfance, les habitudes familiales, les normes culturelles, les associations émotionnelles et les expositions répétées.
Un aliment initialement rejeté peut devenir apprécié après plusieurs dégustations. Inversement, une expérience désagréable peut entraîner une aversion durable.
Cela signifie que le plaisir alimentaire n’est ni entièrement inné ni entièrement arbitraire.
Il résulte d’une histoire.
La question devient alors plus complexe : lorsque nous croyons suivre notre instinct, suivons-nous un besoin physiologique actuel ou une préférence acquise ?
Il est probable que les deux dimensions interviennent, dans des proportions variables.
Peut-on réellement faire confiance à son corps ?
Les recherches précédentes permettent de distinguer trois phénomènes souvent confondus.
Ressentir un besoin. L’organisme possède des mécanismes de régulation de l’énergie, de l’eau et de certains équilibres physiologiques.
Éprouver une préférence. Un aliment attire ou repousse selon ses propriétés sensorielles, notre état interne et nos expériences antérieures.
Satisfaire effectivement un besoin. La consommation de cet aliment apporte les substances nécessaires, en quantité appropriée et sans effets indésirables disproportionnés.
Ces trois phénomènes peuvent coïncider, mais ce n’est pas systématique.
La soif constitue un exemple relativement clair de régulation physiologique, bien qu’elle ne soit pas infaillible. Pour les besoins en vitamines, en minéraux ou en certains nutriments, la relation entre sensation consciente et besoin réel est beaucoup moins directe.
La sélection instinctive ne saurait donc remplacer les connaissances nutritionnelles ni les précautions sanitaires.
Une perspective philosophique : apprendre à écouter sans obéir aveuglément
Ces recherches ouvrent une réflexion qui dépasse la seule nutrition.
Nous avons tendance à opposer deux attitudes : contrôler rationnellement notre alimentation ou abandonner ce contrôle pour suivre notre instinct.
Mais cette opposition est peut-être mal posée.
L’organisme n’est ni une machine entièrement programmable ni une autorité intérieure qui saurait toujours ce qui est bon pour elle.
Il est un système vivant qui perçoit, expérimente, apprend et se transforme.
Dans une perspective proche de l’énaction, développée notamment par Francisco Varela, la perception ne consiste pas simplement à recevoir passivement des informations. Elle émerge de l’activité d’un organisme engagé dans son environnement.
Appliquée à l’alimentation, cette perspective suggère que nos préférences ne sont pas de simples messages biologiques à déchiffrer. Elles se construisent dans une histoire d’interactions entre le corps, les aliments et le monde.
Il ne s’agit donc pas d’opposer la raison à l’instinct, mais de les faire dialoguer.
Écouter son corps peut devenir une pratique d’attention. Encore faut-il apprendre à distinguer ce que nous ressentons, ce que nous interprétons et ce que nous savons.
L’alimentation comme askêsis
Dans son sens philosophique ancien, l’askêsis désigne un exercice, un entraînement, une pratique par laquelle nous transformons notre manière d’être.
Manger pourrait être envisagé comme une telle pratique.
Non pas en suivant aveuglément ses impulsions, mais en développant une attention aux sensations, aux préférences et aux effets de nos choix.
Observer comment évolue le goût d’un aliment au cours d’un repas. Distinguer la faim du désir de manger. Reconnaître l’influence des habitudes. Découvrir comment l’environnement modifie nos préférences.
Ces observations ne constituent pas des diagnostics nutritionnels. Elles peuvent cependant enrichir notre connaissance de nous-mêmes.
L’enjeu n’est peut-être pas de retrouver un instinct alimentaire supposé pur, antérieur à toute culture.
Il serait plutôt d’apprendre à mieux percevoir les relations entre notre corps, nos expériences et notre environnement.
L’instinct n’est pas nécessairement une vérité qu’il faudrait retrouver. Il pourrait être une capacité vivante qu’il faut apprendre à exercer, à interroger et parfois à contredire.
Références scientifiques
Davis, C. M. (1928). Self Selection of Diet by Newly Weaned Infants. American Journal of Diseases of Children, 36(4), 651–679.
DOI : https://doi.org/10.1001/archpedi.1928.01920280002001
Cabanac, M. (1971). Physiological Role of Pleasure. Science, 173(4002), 1103–1107.
DOI : https://doi.org/10.1126/science.173.4002.1103
Birch, L. L. (1990). Conditioned Flavor Preferences in Young Children. Physiology & Behavior, 47(3), 501–505.
DOI : https://doi.org/10.1016/0031-9384(90)90116-L
Provenza, F. D. Travaux sur les préférences alimentaires acquises, les conséquences post-ingestives et la sélection des aliments chez les herbivores.
Rozin, P. Travaux sur les préférences alimentaires, l’apprentissage et les dimensions culturelles de l’alimentation.
Burger, G.-C. Écrits consacrés à l’instinctothérapie. Référence doctrinale, et non preuve expérimentale de son efficacité.

Une réflexion sur “Askêsis et instinct alimentaire”