Cet article fait partie d’une série sur les askêsis présente sur plusieurs sites en ligne.
J’ai 43 ans.
Juste après une cure thermale, j’ai des douleurs horribles dans le dos.
Je sais que les cures thermales ça débloque des trucs endormis.
Nous sommes le 31 août.
Un guérisseur – ami d’un ami – fait le diagnostic.
Ma vésicule biliaire est énorme.
Nous reconstituons ce qui s’est passé.
Depuis des années, ma vésicule a essayé d’évacuer des calculs de plus en plus gros.
Aucun médecin n’a identifié le problème.
Car je n’ai jamais eu de douleurs devant, vers la vésicule mais derrière, dans le dos.
Le guérisseur fait le diagnostic et me voilà à l’hôpital.
Le 31 août, le pire jour de l’année.
La moitié de l’équipe qui va partir en vacances est épuisée.
L’autre moitié a encore du sable dans les chaussures.
Je demande à l’infirmière un antalgique puissant.
Je vais demander au médecin.
Le temps passe, pas d’antalgique.
Reste la solution du mantra façon mongole, ça s’appelle le koomei.
Je fais un son de koomei avec une note grave et des harmoniques.
Ça appaise la douleur.
Une jeune vient faire un peu de ménage dans ma chambre – je l’imagine fille d’infirmière en stage d’été.
Elle me dit très sérieusement :
Monsieur, faut pas faire ce son, ça me rappelle les mourants.
Je lui souris :
Tu as été en Mongolie accompagner des mourants qui font du koomei ?
Elle me fait la gueule.
Si tu dis à l’infirmière ou au médecin que je fais le mongol, peut-être que j’aurai enfin mon antalgique puissant.
Effectivement, j’ai eu mon antalgique puissant.
Suivit d’une opération chirurgicale de plusieurs heures parce que la très grosse vésicule biliaire est collée à tous les tissus autour.
***
Trois ans auparavant.
Une amie me dit qu’un conférencier va parler de la Mongolie.
Je vais à la conférence.
Au bout d’un certain temps il demande :
Est-ce que quelqu’un voudrait monter sur scène ?
Je monte sur scène.
Il fait le son du koomei.
Je l’imite.
Je trouve ça intéressant et je le referai.
C’est ça, une Askêsis.
Un pratique de soi – ici une pratique de sa respiration, de ses cordes vocales et de sa cavité bucale.
Une pratique gratuite, sans autre objectif que de produire des harmoniques.
Expérimenter.
Et puis, un jour, ça sert à quelque chose.
