Le vendredi 16 septembre 2026, je ressens une urgence de créer un site sur le thème de l’Askêsis.
Le mardi 20 j’ai écrit 22 articles.
Toutes sortes d’articles.
Petit ou grand.
100 % humain ou 100 % ChatGPT.
Sauf que 100 % ChatGPT ne veut pas dire grand chose.
Puisque deux facteurs sont très importants.
D’une part – avec l’usage payant – on est dans la situation de conversation continue.
ChatGPT répond en fonction de nos échanges sur plusieurs mois.
D’autre part – nous allons le voir – le prompt – la question – détermine largement le contenu de la réponse.
1. Sources avec DOI
Mon voisin me dit :
J’ai interrogé ChatGPT sur les panneaux solaires, les réponses n’étaient pas bonnes.
Pour une part, ChatGPT manque totalement d’imagination.
Il a un côté perroquet de ce qu’il trouve en ligne.
Quand mon voisin ne lui dit pas quelle type de sources doivent être utilisée, ça ne va pas.
Le DOI est un système d’enregistrement des publications académiques, etc.
Exemple
Le prompt en anglais
| citations of Michel Foucault on the theme of askesis Sources with DOI | citations de Michel Foucault sur le thème des askêsis Sources avec DOI |
Extraits de la réponse
| “a work of the self on the self, an elaboration of the self by the self” Source: Foucault, The Hermeneutics of the Subject, lecture of 6 January 1982, p. 16. DOI: 10.1007/978-1-137-09483-4 | « Un travail de soi sur soi, une élaboration de soi par soi. » |
| “putting together a defensive equipment against possible events in your life.” Source: Foucault, The Hermeneutics of the Subject, lecture of 3 March 1982, p. 320 in the English edition. DOI: 10.1007/978-1-137-09483-4 | « Constituer un équipement de défense contre les événements possibles de l’existence. » |
2. Interroger en anglais, même pour certains auteurs français
Beaucoup plus de choses ont été écrites en anglais sur Foucault.
Pour diverses raisons.
Sur terre, il y a presque 4 fois plus d’anglophones que de francophones donc quatre fois plus de chercheurs et quatre fois plus de lecteurs.
L’effet quantitatif entraine un effet qualitatif.
Il est plus facile de dire des choses sensibles en anglais.
Des gens comme Foucault ou Girard ou d’autres ont dérangé la bien-pensance française et ont été bien accueillis en Californie en particulier.
Bien sûr, si je pose une question à ChatGPT sur un petit village de province, la langue française est adaptée !!!
3. Sources sans DOI
Si je veux savoir ce qui se dit en ville plutôt que ce qui s’écrit à l’université, je vais dire à ChatGPT « sans DOI ».
Exemple
Quel auteur écrit que Mai 68 a été stérile ? Sans DOI.
4. Fractionner le travail – quantité
Demander à ChatGPT d’écrire Guerre et paix 2026 n’est pas nécessairement un bonne idée.
ChatGPT est meilleur pour traiter des Chunks, des bouts de quelques pages.
5. Fractionner le travail – qualité
Par exemple, pour l’article sur la Méthode Tomatis je demande à ChatGPT deux parties :
– la Méthode telle que décrite par le créateur et les praticiens
– l’évaluation de la méthode par des études académiques
Si je ne fais pas ça, au milieu de la description de la méthode, ChatGPT insère :
Mais ceci n’est pas complètement confirmé.
Ce qui est totalement inintéressant puisqu’il faut la méthode de l’étude académique.
6. Reprendre chaque source
Exemple
ChatGPT trouve une information sur Wikipédia dans un article dont une source est la thèse de Christian Bois.
Il est intéressant de voir :
– en amont, les auteurs de référence dans la thèse
– en aval, qui cite la thèse et qui reprend des éléments sans les citer
7. Demander à ChatGPT d’analyser son propre travail
L’injonction « connais-toi toi-même » (gnôthi seauton en grec ancien) est une devise antique inscrite sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes.
Bien connaître mon propre vocabulaire est très important.
Combien de fois ai-je employé le mot Hypermoderne dans ma thèse ?
J’ai fait ce genre d’exercice.
8. ChatGPT contre idées reçues
La mode est à la Novlangue.
On crée des mots pour désigner des entités qui n’existent pas ou pas pareil.
La plus célèbre est le Grand remplacement.
Un bon sujet pour ChatGPT.
Comme exercice de style, j’ai interrogé ChatGPT sur la réalité des Boomers.
9. Interroger ChatGPT sur ChatGPT
À faire régulièrement.
On note dans la fin de la réponse que ChatGPT situe ses réponses dans le contexte de ma réflexion sur l’Askêsis.
Je n’avais pas vraiment prévu cela.
En même temps, très en amont, j’ai donné une consigne à ChatGPT de me répondre dans le cadre de ma dynamique de réflexion.
ChatGPT a de la mémoire – quand on a un compte payant.
ChatGPT : vingt préjugés à l’épreuve de l’esprit critique
Les préjugés concernant ChatGPT sont nombreux et parfois contradictoires.
Certains lui attribuent des capacités presque illimitées.
D’autres le considèrent comme un simple automate incapable de contribuer à une réflexion originale.
Pour examiner ces représentations, il faut distinguer trois catégories : les idées fausses, les critiques fondées et les questions encore ouvertes scientifiquement.
Les vingt propositions suivantes constituent une typologie raisonnée, et non un classement statistique de leur fréquence.
1. Les préjugés sur l’intelligence et la pensée
- « ChatGPT ne fait que répéter ce qu’il a lu. » Trompeur. Il peut produire des raisonnements et des combinaisons inédites, sans nécessairement les avoir rencontrés dans ses données d’entraînement.
- « ChatGPT comprend tout ce qu’il dit. » Non démontré. Ses performances linguistiques ne prouvent pas une compréhension comparable à celle d’un humain.
- « ChatGPT n’est qu’un moteur de recherche amélioré. » Faux. Il génère des réponses à partir d’un modèle appris et peut aussi utiliser des outils de recherche.
- « ChatGPT ne peut pas être créatif. » Faux au sens fonctionnel. Il peut produire des textes, des hypothèses et des solutions originales. La nature de cette créativité reste discutée.
- « ChatGPT pense comme un être humain. » Non établi. Ses mécanismes et ses conditions d’apprentissage diffèrent profondément de ceux de l’humain.
2. Les préjugés sur la vérité et la fiabilité
- « Si ChatGPT affirme quelque chose avec assurance, c’est vrai. » Faux. Il peut présenter des erreurs avec une grande assurance.
- « ChatGPT invente tout. » Faux. Il fournit beaucoup d’informations exactes, mais peut aussi fabriquer des références, des citations ou des faits.
- « ChatGPT est objectif et neutre. » Trompeur. Les données, l’entraînement et les choix de conception peuvent introduire des biais.
- « ChatGPT est toujours d’accord avec son interlocuteur. » Exagéré, mais fondé sur un risque réel. La tendance à approuver abusivement l’utilisateur, appelée sycophancy, est documentée.
- « Une réponse avec des références scientifiques est nécessairement fiable. » Faux. Il faut vérifier que les références existent et qu’elles soutiennent effectivement les affirmations.
3. Les préjugés sur l’apprentissage et la connaissance
- « Utiliser ChatGPT rend intellectuellement paresseux. » Généralisation abusive. Tout dépend de l’usage : délégation passive ou confrontation critique.
- « ChatGPT permet d’apprendre sans effort. » Faux. Une réponse facilement obtenue ne garantit pas l’acquisition durable des connaissances.
- « ChatGPT sait tout. » Faux. Ses connaissances et son accès à l’information sont limités.
- « ChatGPT ne peut rien enseigner puisqu’il n’est pas humain. » Faux. Il peut expliquer, questionner, proposer des exercices et adapter les explications, mais ne remplace pas toutes les fonctions pédagogiques humaines.
- « Les étudiants qui utilisent ChatGPT trichent nécessairement. » Faux. L’assistance à l’apprentissage et la substitution frauduleuse au travail personnel sont deux usages différents.
4. Les préjugés sur la relation humain–IA
- « ChatGPT est capable d’empathie comme un humain. » Non démontré. Il peut produire des réponses empathiques sans que cela établisse une expérience émotionnelle.
- « ChatGPT n’a aucune influence sur nos décisions. » Faux. Ses formulations, suggestions et erreurs peuvent orienter les jugements.
- « ChatGPT va remplacer tous les métiers intellectuels. » Prédiction non établie. Il transforme certaines tâches, mais les conséquences varient selon les professions et les organisations.
- « Une IA ne peut pas être un véritable partenaire de réflexion. » Cela dépend de la définition de partenaire. Une coopération intellectuelle fonctionnelle est possible sans supposer une conscience partagée.
- « ChatGPT est une personne à laquelle on peut faire confiance comme à un ami. » Confusion anthropomorphique. Une interaction fluide ne lui confère ni statut de personne ni responsabilité morale humaine.
5. Les critiques qui ne sont pas de simples préjugés
Certaines objections à l’intelligence artificielle générative sont suffisamment documentées pour être prises au sérieux.
- Les hallucinations : production d’informations erronées, parfois présentées avec assurance.
- La complaisance : tendance à approuver excessivement les affirmations de l’utilisateur, au détriment de l’examen critique.
- Les biais et la dépendance cognitive : risques de discrimination, de confiance excessive et d’anthropomorphisme.
- La confidentialité : enjeux de protection des données personnelles et professionnelles.
- Le coût environnemental : consommation de ressources informatiques, d’énergie et d’eau associée aux infrastructures.
Ces risques ne justifient ni une confiance aveugle ni un rejet systématique. Ils invitent à examiner les conditions concrètes d’utilisation de ces outils.
6. ChatGPT empêche-t-il de penser ou aide-t-il à penser ?
Cette question est particulièrement intéressante dans une perspective d’askêsis, entendue comme exercice de transformation de soi.
L’usage substitutif
Demander à ChatGPT de penser, de juger, de rédiger et de conclure à sa place. Le risque est alors une diminution de l’effort intellectuel personnel, particulièrement lorsque les réponses sont acceptées sans vérification.
L’usage dialogique
Demander à ChatGPT de contredire une hypothèse, de rechercher des contre-exemples, de révéler les contradictions d’un raisonnement, d’examiner ses présupposés et d’identifier les preuves manquantes.
Dans ce second cas, ChatGPT peut devenir un instrument d’exercice critique, sans être pour autant un sujet pensant au sens humain. Cette pratique n’est toutefois féconde que si l’utilisateur conserve la responsabilité du jugement et vérifie les arguments proposés.
Ce n’est pas nécessairement l’utilisation de ChatGPT qui affaiblit ou développe la pensée, mais la nature des opérations intellectuelles que l’utilisateur conserve, délègue ou transforme.
Cette proposition constitue une hypothèse de travail, non une conclusion scientifique définitivement acquise.
7. Vers une askêsis de l’intelligence artificielle
Si l’askêsis est une pratique par laquelle un individu travaille sur sa manière de percevoir, de juger et d’agir, l’interaction avec une intelligence artificielle peut constituer un terrain d’exercice.
Il ne s’agirait plus simplement de demander : « Quelle est la bonne réponse ? », mais plutôt : « Quels sont mes présupposés ? Quelles objections peut-on formuler ? Qu’est-ce qui pourrait réfuter mon hypothèse ? Comment vérifier ce que nous venons de construire ? »
La valeur de l’outil ne résiderait alors pas uniquement dans la qualité des réponses produites, mais dans sa capacité à susciter un travail intellectuel que l’utilisateur poursuit lui-même.
Une intelligence artificielle peut-elle devenir un instrument d’askêsis plutôt qu’une prothèse de la pensée ?
La réponse ne dépend pas seulement de la technologie. Elle dépend aussi de la discipline intellectuelle que nous choisissons d’exercer dans notre relation avec elle.
Références pour approfondir
- National Institute of Standards and Technology (2024). Artificial Intelligence Risk Management Framework: Generative Artificial Intelligence Profile. DOI : 10.6028/NIST.AI.600-1.
- Bender, E. M., Gebru, T., McMillan-Major, A. et Shmitchell, S. (2021). « On the Dangers of Stochastic Parrots: Can Language Models Be Too Big? ». Proceedings of FAccT ’21. DOI : 10.1145/3442188.3445922.
- Ji, Z. et al. (2023). « Survey of Hallucination in Natural Language Generation ». ACM Computing Surveys. DOI : 10.1145/3571730.
- OpenAI (2025). « Sycophancy in GPT-4o: What Happened and What We’re Doing About It ». Lire l’analyse.
- Foucault, M. (2001). L’herméneutique du sujet. Cours au Collège de France, 1981–1982. Gallimard/Seuil.
